Difficile ou différente ? ce dont une équipe peut se priver
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Difficile ou différent·e: ce dont des équipes se privent

Demander à un·e membre de son équipe de gommer sa différence peut entraîner une double perte. Le groupe évite d'examiner sa propre façon de décider et perd ce que cette différence aurait pu lui apporter au moment où il en a le plus besoin.

Dans son comité de direction, Laura, benjamine de l’équipe et la dernière recrutée, va droit au but. Elle pose la question autour de laquelle la réunion tourne depuis dix minutes et propose une solution alors que les autres en sont encore au tour de table. Regards agacés mais silence poli. Dans les couloirs, le manque d’écoute de Laura devient un sujet de plus en plus fréquent. Et puis, un jour, c’est Laura elle-même qui est à l’ordre du jour du comité : elle doit changer.

Un mécanisme de protection

Beaucoup reconnaîtront ce genre de comité : il y règle le cas « problématique » d’une personne, sans jamais considérer ce que révèle l’attitude de celle-ci. Ce mécanisme a une fonction : il protège le groupe. Un groupe qui porte son attention sur les carences de l’un·e de ses membres s’épargne d’interroger son propre fonctionnement. Ici, tant que l’attention porte sur Laura, le comité évite de prendre des décisions, continue de manquer de clarté et, potentiellement, de leadership.(1)

Un groupe qui porte son attention sur les carences de l'un·e de ses membres s'épargne d'interroger son propre fonctionnement

Une information, pas un dysfonctionnement

Pour autant, il ne s’agit pas d’inverser la charge et de relever uniquement les travers du comité. Parions, de toute façon, que les résistances seront telles que les phénomènes identifiés se renforceront très rapidement. C’est une raison pour laquelle des groupes, même bien intentionnés, après une formation, un séminaire… reviennent à leur fonctionnement habituel.

Examinons ce qui se joue ici : les interventions de Laura (impatience) suscitent une réaction des membres du comité (agacement), qui demandent une remédiation (Laura doit se conformer au groupe) afin de revenir à l’état habituel (statu quo). Vous avez peut-être reconnu le mécanisme de l’homéostasie, qui, en biologie, permet à un organisme de réguler son fonctionnement.

Plutôt que de demander à Laura de se conformer, le comité aurait pu se poser ces questions :

  • Que dit de nous notre réaction face à l’impatience de Laura ?
  • Qu’est-ce que nous protégeons en gommant la différence de Laura ?
  • En quoi cette protection nous sert-elle? Comment sert-elle notre mission ?

 

Laura a sans doute des normes à apprendre, et le comité, de son côté, a tout autant à gagner en clarté et en courage. Davantage que des solutions à ces manques, il importe que les normes soient explicitées et évaluées au regard de la mission, puis, le cas échéant, modifiées, réellement et durablement.

Le prix à payer

Un comité qui se dit ouvert à la différence la traite rarement comme un révélateur de son propre fonctionnement. Il la traite à coups d’évaluations et de recommandations, jusqu’à ce que la personne différente s’aligne voire parte. Dans les deux cas, le groupe change quelque chose — un style, une personne — sans jamais changer sa façon de la traiter. Il s’agit d’un changement de surface qui laisse intact ce qu’il faudrait transformer.(2)

Le gâchis est là. Demander à la personne différente de s’aligner sur les codes du groupe revient à lui demander de renoncer à ce que sa différence pouvait apporter. Le groupe n’aura pas seulement évité de s’examiner : il aura perdu ce pour quoi, en théorie, il disait vouloir être divers.

Le coût s’alourdit à mesure que l’environnement devient plus difficile à anticiper. Une équipe qui ne peut plus s’appuyer sur toute la diversité de ses membres perd une partie de sa capacité à innover, précisément quand elle en a le plus besoin.

Notes

  1. Le mécanisme rejoint ce que l’approche systémique appelle le patient désigné : un groupe concentre son attention sur un membre présenté comme le problème, ce qui l’exonère d’examiner sa propre dynamique. Bowen parle de triangulation, Minuchin de détournement.
  2. Watzlawick, Weakland et Fisch (Changements, 1974) formulent un principe voisin : la solution tentée devient elle-même le problème, quand un système répond par un changement de surface (« changement 1 ») à ce qui demanderait de se transformer lui-même (« changement 2 »)

Une équipe inclusive valorise la différence plutôt que de la gommer

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